Engrais : Le Brésil place le Maroc au cœur de son plan d’urgence pour sécuriser la campagne 2026-2027
Face au risque de pénurie, le Brésil active son plan d’urgence. Sous l’autorité directe de la présidence, Brasília a engagé des négociations avec Rabat, Moscou et Pékin pour sécuriser les matières premières des engrais phosphatés nécessaires à la campagne agricole 2026-2027. Le Maroc y occupe une position stratégique. Le pays est quasi-totalement dépendant de l’extérieur. En 2025, il a importé 45,5 millions de tonnes d’engrais sur 49,1 millions consommées, soit 92% de ses besoins. Facture : 14,5 milliards de dollars.
Or, selon la Confédération de l’agriculture et de l’élevage CNA, seuls 40% à 45% des engrais pour la prochaine campagne ont été achetés à ce stade. L’alerte est donc réelle. En 2025, le Royaume figurait parmi les 5 premiers fournisseurs du Brésil avec la Chine, la Russie, le Canada et l’Egypte. Ces 5 pays ont couvert 69% des importations. La place du Maroc est décisive pour les phosphatés. Le Brésil en importe 57% de ses besoins, contre 93% pour l’azote et 98% pour la potasse. Rabat dispose d’une capacité d’approvisionnement immédiat, mais le projet de créer des stocks stratégiques sur le sol brésilien attend encore une autorisation environnementale.
La tension est aggravée par la logistique. Les importations par le port de Paranaguá ont chuté de 45% entre janvier et avril 2026 sur un an, selon Datamar. Cause : perturbations au Moyen-Orient et coût élevé du crédit. Résultat : le Syndicat Sinprifert et l’Association Anda alertent sur le manque de phosphates, de soufre et d’acide sulfurique. Le Brésil importe quasiment tout son soufre.
Plusieurs usines ont déjà réduit leur activité ou fermé temporairement. Pour éviter la rupture, le gouvernement évalue les volumes livrables par chaque partenaire. Il négocie aussi des protocoles d’entente pour réserver des cargaisons en cas de crise. La Russie maintient des capacités malgré la guerre. La Chine discute d’allègements douaniers.
Le Maroc, lui, peut répondre vite, mais reste en attente d’une décision administrative pour ses réserves locales. L’enjeu : garantir les livraisons même aux prix du marché, afin de ne pas compromettre la saison agricole 2026-2027.


































