Énergie : Le Maroc mise sur les petits réacteurs modulaires pour combler le déficit africain
Le Maroc entre dans le débat sur l’avenir énergétique africain. Signataire de la déclaration de la COP28 visant à tripler la capacité nucléaire mondiale d’ici 2050, le Royaume se positionne désormais sur les petits réacteurs modulaires, les SMR, comme une des réponses au gouffre énergétique du continent. Dans une note publiée en juillet 2026 par le Policy Center for the New South, l’économiste Hafez Ghanem plaide pour une approche combinée. "L’Afrique ne doit pas choisir entre les énergies renouvelables, le gaz et les petits réacteurs modulaires, car l’ampleur de ses besoins lui commande de recourir aux trois selon les réalités propres à chaque pays".
Un constat qui intervient alors que 600 millions d’Africains n’ont toujours pas accès à l’électricité. Soit 80% des personnes non connectées dans le monde. Seuls 65% des habitants du continent disposent d’un raccordement, contre une couverture quasi universelle ailleurs. Ce déficit plombe l’ensemble de l’économie. Industrie, agriculture, santé, éducation et entreprises en subissent directement les conséquences. Et le retard se creuse avec l’essor du numérique. "Sans électricité, il ne peut y avoir ni essor industriel ou agricole, ni numérisation, ni intelligence artificielle ; l’Afrique resterait à l’écart au moment où le reste du monde poursuit sa marche", alerte Hafez Ghanem.
Or seuls 38% des Africains utilisent internet, contre 68% au niveau mondial. Pour les régions éloignées des grands réseaux, où la faible densité rend les raccordements trop coûteux, les mini-réseaux s’imposent comme une alternative. La Banque mondiale identifie 291 000 regroupements d’habitation situés à plus d’un kilomètre du réseau principal et comptant plus de 1 000 habitants au km². Un investissement de 91 milliards de dollars permettrait de raccorder 380 millions d’Africains, soit près des deux tiers des personnes encore privées d’électricité.
Ces installations sont déjà majoritairement vertes : près de 50% fonctionnent au solaire, 35% à l’hydroélectricité, le reste avec des groupes fossiles en appoint. Hybrides, elles associent panneaux, batteries et groupes diesel de secours. Leur coût a chuté de 0,55 dollar/kWh en 2018 à 0,38 dollar en 2021. Il pourrait atteindre 0,29 dollar en 2030. En s’alignant sur l’objectif COP28 de tripler le nucléaire mondial, le Maroc intègre les SMR à sa réflexion.
Moins coûteux et plus flexibles que les grandes centrales, ces petits réacteurs modulaires pourraient répondre aux besoins des pays africains en quête d’une énergie stable pour alimenter l’industrie et le digital. Pour le Policy Center, l’enjeu est clair : multiplier les sources pour ne laisser aucun territoire à l’écart de la transition énergétique.



































